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RDC : Des propos de Kalonji sur Jacques Kongolo relancent le débat sur les discours de haine contre les Banyamulenge

RDC : Des propos de Kalonji sur Jacques Kongolo relancent le débat sur les discours de haine contre les Banyamulenge

Dans un contexte marqué par la guerre dans l’est de la République démocratique du Congo et par de fortes tensions communautaires, des déclarations de l’influenceurs et chroniqueur politique Kalonji Wa Mulumba ont provoqué une vague de réactions au sein de la communauté banyamulenge. Au cœur de la polémique, des propos remettant en cause l’identité et la nationalité de Jacques Kongolo, chargé de mission du Président Tshisekedi, mais également l’existence même de la communauté banyamulenge en tant que composante de la nation congolaise.

Dans une intervention largement relayée sur les réseaux sociaux, Kalonji Wa Mulumba a affirmé que Jacques Kongolo serait de nationalité rwandaise. « Kongolo c’est un Rwandais, qui est appelé Munyamulenge qui travaille dans l’équipe de Tshisekedi », a-t-il déclaré. Il a également soutenu que ce dernier disposerait de documents rwandais avant d’affirmer et lâcher que « tu es seulement un autre Rwandais ».

Le chroniqueur est allé plus loin en contestant l’identité banyamulenge. « Non tu n’es pas Munyamulenge », a-t-il déclaré à l’endroit de Jacques Kongolo, avant d’ajouter que « voilà pourquoi je ne crois pas qu’il y a des Banyamulenge. Mais je crois que vous êtes des Banyarwanda».

Ces propos ont suscité l’indignation de plusieurs membres de cette communauté, qui y voient une généralisation visant un groupe entier à partir d’accusations portées contre un individu. Dans une lettre ouverte datée du 9 juin 2026, Jean Scohier Muhamiriza, président de la Mutualité des Banyamulenge à Bukavu et déplacé interne à Kinshasa, a dénoncé ce qu’il considère comme une remise en cause de la citoyenneté des Banyamulenge.

« Les Banyamulenge sont des Congolais depuis la nuit diluvienne avant Kongolo, ils le sont avec lui et le resteront après lui », écrit-il.

Pour lui, les accusations visant Jacques Kongolo ne devraient pas servir à remettre en question l’appartenance nationale de toute une communauté. « Ce qui ne se comprend pas de votre part c’est votre déduction hâtive, irréfléchie et déraisonnable qu’à partir d’une incompréhension avec un « Rwandais » selon vos propres termes, vous puissiez inférer sa situation sur toute une communauté », affirme-t-il.

Jean Scohier Muhamiriza rejette également les accusations de nationalité rwandaise portées contre Jacques Kongolo. « Nous rejetons avec dédain vos affirmations gratuites et mensonges éhontés sur son appartenance au Rwanda puisqu’il s’agit de notre fils que nous avons vu naître et grandir sous nos yeux », soutient-il.

La controverse trouve son origine dans une publication de Jacques Kongolo concernant de présumés affrontements survenus à Minembwe, dans le territoire de Fizi. Dans ce message, le collaborateur du chef de l’État indiquait que « des combats ont été signalés dans la nuit du 5 juin 2026 à Minembwe entre les groupes RDF, M23 et Twirwaneho », tout en appelant les parties concernées à protéger les civils.

Cette version des faits a été contestée par Kalonji Wa Mulumba, qui a mis en doute la réalité de ces affrontements. « Est-ce que vous avez des preuves, vous avez des images, est-ce que vous avez la certitude que ces gens-là se sont croisés et se sont battus ? », a-t-il déclaré.

Cependant, au fil des échanges, le débat s’est progressivement éloigné de la question sécuritaire pour se concentrer sur l’identité de Jacques Kongolo et, plus largement, sur celle des Banyamulenge. Une évolution qui inquiète plusieurs observateurs des conflits dans la région des Grands Lacs, où les discours associant une communauté entière à des acteurs armés ou à des intérêts étrangers ont souvent contribué à alimenter les tensions.

Depuis plusieurs décennies, les questions liées à la nationalité, à l’appartenance communautaire et à la citoyenneté figurent parmi les sujets les plus sensibles dans l’est de la RDC. Les organisations engagées dans la lutte contre les discours de haine rappellent régulièrement que les différends politiques ou sécuritaires ne devraient pas conduire à la stigmatisation de groupes entiers ni à la remise en cause collective de leur identité.

Pour rappel, lors de son tout dernier point de presse tenu dans la ville-province de Kinshasa, le président de la République démocratique du Congo avait déclaré que les Banyamulenge sont des compatriotes congolais. « Je ne tolérerai pas qu’il y ait de la discrimination envers cette communauté. Je la défendrai, comme je défendrai toutes les communautés de la République démocratique du Congo de la même manière », avait-il averti.

Si certaines autres personnes vont jusqu’à penser que Kalonji serait utilisé par les personnes du pouvoir dans une guerre de palais, où depuis plusieurs mois, le président Tshisekedi ne cesse d’apprécier le travail de son chargé de mission et conseiller en matière d’identités communautaires, d’autres disent craindre que Kalonji soit utilisé par Kigali ou par des personnes à la solde de Kigali pour continuer à alimenter les discours de haine et les discours tribalistes dont se sert le Rwanda pour justifier sa guerre d’agression contre la République démocratique du Congo.

Face à cela, plus d’une personne appelle les autorités congolaises à mettre un terme à ce narratif qui met de l’eau au moulin du Rwanda et à sanctionner sévèrement les auteurs de discours de haine.

La polémique opposant Kalonji Wa Mulumba à Jacques Kongolo illustre ainsi les défis auxquels reste confrontée la société congolaise dans la gestion des débats publics en période de conflit. Au-delà des divergences sur les événements de Minembwe, elle remet en lumière la nécessité de préserver un espace de discussion respectueux des personnes et des communautés, dans un contexte où les tensions identitaires demeurent particulièrement vives.

Franck Kaky

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