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RDC : Après les démissions de Kamerhe et Lukwebo, Mukwege dénonce une crise de gouvernance

RDC : Après les démissions de Kamerhe et Lukwebo, Mukwege dénonce une crise de gouvernance

La scène politique congolaise traverse une nouvelle zone de turbulence. Après la démission de Vital Kamerhe, suivie de celle de Modeste Bahati Lukwebo, plusieurs observateurs évoquent désormais une crise institutionnelle au sommet de l’État. Dans un contexte marqué par des tensions politiques persistantes, ces départs successifs interrogent sur le fonctionnement réel des institutions en République démocratique du Congo.

Dans une analyse critique, le prix Nobel de la paix Denis Mukwege estime que ces démissions, bien que pouvant exister dans toute démocratie, prennent ici une signification particulière. « Une démission peut, somme toute, arriver dans une démocratie. Elle peut même être, dans certains cas, un signe de responsabilité politique », souligne-t-il, avant de préciser que « ce qui choque ici, c’est la raison de ces deux démissions : oser s’opposer à un éventuel projet de changement de la Constitution ».

Selon lui, ces événements traduisent un malaise profond au sein des institutions, où l’expression d’une divergence politique semble de plus en plus difficile. « Dans une démocratie normale, les représentants du peuple contrôlent l’action présidentielle et celle du gouvernement. Mais au Congo c’est le président qui sanctionne les députés qui osent exprimer leur désaccord », déplore-t-il, évoquant une « inversion de rôles qui tue la démocratie ».

Au cœur de cette crise, la question de l’équilibre des pouvoirs se pose avec acuité. Les démissions de ces deux figures politiques majeures sont perçues comme le symptôme d’un système où la pression politique l’emporte sur la liberté d’expression des élus. Pour Denis Mukwege, les deux responsables ont pourtant, dans un premier temps, « osé exercer leur fonction qui est celle de représenter le peuple, souverain primaire ».

Cependant, le médecin congolais critique également leur posture après leur départ, estimant qu’elle affaiblit la portée de leur acte. Il regrette qu’ils se soient « rabaissés en implorant la grâce présidentielle et en clamant haut et fort leur loyauté au Président de la République », une attitude qui, selon lui, renforce davantage les déséquilibres institutionnels.

Cette situation met en lumière un climat politique tendu, où la discipline partisane et les rapports de force semblent primer sur les principes démocratiques. Alors que le pays fait face à des défis sécuritaires majeurs, notamment dans sa partie orientale, cette crise au sommet de l’État pourrait fragiliser davantage la gouvernance.

En filigrane, c’est toute la solidité des institutions congolaises qui est interrogée. Entre pressions politiques, loyautés affichées et débats sensibles autour de la Constitution, la République démocratique du Congo apparaît confrontée à un moment charnière de son évolution démocratique.

Franck Kaky

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