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Morts au Congo, oubliés à Kigali : Le calvaire des proches des militaires rwandais

Morts au Congo, oubliés à Kigali : Le calvaire des proches des militaires rwandais

Alors que la guerre menée par les rebelles de l’AFC-M23, soutenus par le régime de Kigali, continue de faire de nombreuses victimes parmi les civils et les militaires, le Rwanda n’est pas épargné par les conséquences tragiques de ces violences.

Dans un reportage récent de la Deutsche Welle (DW), plusieurs familles de militaires rwandais tombés au front dans l’est de la RDC ont témoigné des traumatismes psychologiques subis après la perte de leurs proches. Bien que Kigali ait longtemps nié la présence de ses troupes aux côtés des rebelles, les récits de ces familles mettent en lumière les séquelles profondes vécues au sein même du Rwanda.

D’après ces témoignages, les funérailles des militaires tombés sont frappées d’interdiction, et certaines familles ne sont même pas informées du sort de leurs proches envoyés au front. « Mon frère et moi, on nous a montré la dépouille de notre petit-frère. Son visage était entièrement couvert, comme si l’on avait voulu dissimuler des impacts de balles. Au cimetière, nous n’étions que deux, mon grand frère et moi, et la cérémonie était dirigée par l’armée. On nous a ensuite ordonné de garder le secret. Malheureusement, mon frère n’a pas tenu le coup ; traumatisé, il est aujourd’hui interné dans un centre psychiatrique. Les autres familles ne sont même pas informées du décès de leurs parents au Congo », a déclaré un témoin sous couvert d’anonymat.

Un autre témoin a appelé les autorités rwandaises à autoriser des funérailles publiques pour permettre aux familles d’honorer la mémoire de leurs défunts. « L’État rwandais devrait permettre aux familles de faire leur deuil dignement. Il règne une peur constante concernant notre sécurité, car nous sommes contraints au silence sur un événement aussi émotionnel que la perte d’un être cher. Cela ne peut que provoquer des traumatismes », explique-t-il.

Pour indemniser les familles des victimes, l’État rwandais remettrait une enveloppe d’environ deux millions de francs rwandais, soit environ 1 160 euros.
Dans l’un de ses rapports, Human Rights Watch affirmait qu’entre décembre 2024 et juillet 2025, le nombre de tombes au cimetière militaire de Kanombe, à Kigali, avait augmenté de plus de 400.

Parallèlement, un rapport des experts de l’ONU détaillait l’ampleur de l’implication rwandaise, estimant qu’entre 4 000 et 7 000 soldats rwandais combattraient aux côtés des rebelles de l’AFC-M23 au Nord-Kivu.

Alors que la pression diplomatique s’intensifie, le régime de Paul Kagame a récemment admis collaborer avec les rebelles. Le président rwandais a toutefois soutenu que les mesures militaires en RDC ne visaient ni le pillage des minerais, ni une occupation illégale, mais constituaient des « mesures défensives ». Ces affirmations interviennent malgré une guerre d’usure qui semble viser, selon plusieurs observateurs, l’annexion de territoires que Kigali considère historiquement comme rwandais, bien qu’ils fassent partie intégrante de la RDC depuis la colonisation.

Azarias Mokonzi

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