RDC : Denis Mukwege conditionne tout dialogue par la fin de « l’agression » et place la justice au cœur de la paix
Alors que les appels au dialogue national se multiplient pour tenter de mettre fin à la guerre dans l’Est de la République démocratique du Congo, le docteur Denis Mukwege, Prix Nobel de la paix, trace une ligne rouge claire à ne pas franchir. Pour lui, aucune négociation durable ne peut se faire sans souveraineté restaurée, ni sans justice pour les victimes.
Dans un contexte marqué par la progression de l’Alliance Fleuve Congo (AFC) et du Mouvement du 23 Mars (M23), que Kinshasa qualifie de supplétifs d’une agression rwandaise, plusieurs acteurs politiques et sociaux plaident pour des pourparlers inclusifs. Mais pour le célèbre gynécologue de Panzi, il faudrait que l’ordre des priorités ne souffre d’aucune ambiguïté.
« Aujourd’hui, la priorité pour moi c’est la souveraineté et l’intégrité territoriale de la République Démocratique du Congo et la paix en République Démocratique du Congo. Le Congo a été agressé, cette agression doit cesser », affirme-t-il.
A l’en croire, le dialogue ne peut intervenir qu’après la cessation des hostilités. « Une fois qu’on peut mettre fin à cette agression, la deuxième phase devrait se mettre ensemble pour parler », précise-t-il, suggérant que toute discussion engagée sous la contrainte militaire risquerait de fragiliser davantage l’État congolais.
Au-delà de la dimension sécuritaire, Denis Mukwege insiste sur un principe qu’il défend depuis des années. Selon lui, il ne peut y avoir de paix sans justice. « Vous ne pouvez pas construire la paix sans justice », martèle-t-il, et rejete toute solution politique qui ignorerait les crimes commis contre les civils.
Le médecin gynécologue, témoin direct des violences faites aux populations de l’Est, alerte aussi contre les compromis bâtis sur l’oubli des victimes. « On ne construit pas la paix sur des fosses communes, on ne construit pas la paix quand les autres n’ont pas fait leur deuil, on ne construit pas la paix quand des gens ne se sentent pas qu’ils sont prêts à vivre avec les autres en paix », insiste-t-il.
Pour sortir durablement du cycle des conflits, il plaide ainsi pour un mécanisme de justice transitionnelle capable de panser les blessures collectives. « Le pilier de la justice transitionnelle, on en a besoin pour que nous puissions arrêter la guerre, mais commencer un processus de réconciliation, au niveau national, mais aussi au niveau régional », fait-il entendre.
Cette position place la responsabilité, la vérité et la réparation au cœur de toute issue politique, à rebours des solutions expéditives. Dans un l’Est de la RDC déjà meurtri par des décennies de violences, Mukwege rappelle que la paix ne se négocie pas seulement autour d’une table. Il paraît convaincu qu’elle se construit d’abord sur la reconnaissance des crimes et la dignité des victimes.
La rédaction