Nord-Kivu : Ben Kathembe Mulondi interpelle le pouvoir sur « l’échec de l’état de siège »
Face à ce qu’il qualifie d’insécurité persistante, à l’inefficacité des mesures exceptionnelles et ce qu’il considère comme silence assourdissant des élus, l’activiste Ben Kathembe Mulondi appelle à la mobilisation citoyenne. À travers deux pétitions adressées respectivement au Chef de l’État et au Président de l’Assemblée nationale, il exige des comptes et des actions concrètes pour une région, l’Est de la République Démocratique du Congo, meurtrie depuis plus d’une décennie.
Entre les lignes, laisse entendre que le constat est amer, et lance ainsi le cri du cœur profond. Pour Ben Kathembe Mulondi, l’heure n’est plus aux simples doléances, mais à l’exigence citoyenne. « La population rurale, bien que majoritaire, est la grande oubliée de la politique centrale », déplore-t-il, précisant que « c’est pour rompre ce cycle de mépris que deux pétitions collectives sont désormais lancées ».
La première pétition est adressée directement au Président de la République.Il présente un grief clair qui est l’inefficacité de l’état de siège instauré depuis 2021. Alors que cette mesure devait restaurer la paix, les massacres perpétrés par les ADF continuent d’endeuiller le territoire de Beni. Plus préoccupant encore, dit-il, l’insécurité s’est progressivement étendue au territoire de Lubero.
« Rien de positif n’est visible sur le terrain. Le maintien de cette mesure ne se justifie plus. Puisque c’est par ordonnance présidentielle que ce régime a été institué, il revient au Chef de l’État de tirer les conclusions de cet échec et de lever cette mesure qui n’a pas su protéger les vies humaines », a-t-il déclaré.
La seconde pétition est, quant à elle, adressée au Président de l’Assemblée nationale. Il rappelle que depuis 2014, sous Joseph Kabila comme aujourd’hui sous Félix Tshisekedi, le sang continue de couler à Beni dans ce que l’activiste qualifie d’indifférence parlementaire révoltante. Ben Kathembe Mulondi fustige la « légèreté » du Parlement face aux exactions répétées.
« Où sont les interpellations ? Où sont les motions de censure ? Les ministres de la Défense et de la Sécurité intérieure devraient rendre des comptes devant la représentation nationale. Les promesses de campagne du Président et des députés ne sont restées que des mots. Nous n’avons toujours pas palpé la paix promise », souligne-t-il.
L’initiative met également en lumière un problème de plus en plus préoccupant, celui du comportement de certains groupes dits « Wazalendo ». Initialement engagés pour appuyer les FARDC face à l’agression du M23, plusieurs d’entre eux se seraient détournés de leur mission, se rendant responsables d’exactions contre la population civile. Selon lui, des cas sont signalés dans la chefferie de Bashu, les groupements de Baswagha-Madiwe et Malio, ainsi qu’aux environs de Butembo, notamment à Mathembe et Butuhe-Masoya.
« Les protecteurs d’hier deviennent, dans certains cas, les bourreaux d’aujourd’hui », dénonce l’activiste.
A l’en croire, le volet socio-économique assombrit davantage un tableau déjà sombre. Î estime que le Programme de développement local des 145 territoires (PDL-145T), lancé en 2021, semble peiner à se matérialiser dans la région de Beni.
« Les voies de desserte agricole sont impraticables. Les écoles incendiées par les rebelles ne sont pas reconstruites ; les enfants étudient sous les arbres. Les hôpitaux manquent de tout. Nous ne voyons pas l’effectivité de ce programme ici », regrette Ben Kathembe Mulondi.
À travers ces pétitions, l’activiste entend donner une voix à ceux qui ne se sentent plus entendus. Il appelle chaque citoyen conscient de la tragédie que traversent Beni et Lubero à s’unir pour exiger que la sécurité et la dignité ne soient plus un privilège, mais un droit fondamental pour chaque Congolais.
Azarias Mokonzi