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Est de la RDC : Washington sceptique sur le retrait du M23 d’Uvira

Est de la RDC : Washington sceptique sur le retrait du M23 d’Uvira

L’administration américaine exprime des réserves quant au retrait effectif des rebelles du M23 de la ville stratégique d’Uvira, dans l’est de la République démocratique du Congo. Selon un haut responsable américain cité par l’agence Reuters, Washington n’est pas convaincu que le mouvement rebelle, soutenu par le Rwanda selon plusieurs rapports internationaux, ait réellement quitté cette cité frontalière du Burundi, malgré les annonces faites ces derniers jours.

Le M23 s’était emparé d’Uvira le 10 décembre, une avancée majeure sur le plan militaire, intervenue peu après la rencontre à Washington entre le président congolais Félix Tshisekedi, son homologue rwandais Paul Kagame et le président américain Donald Trump. À l’issue de cette rencontre, les dirigeants avaient réaffirmé leur engagement en faveur d’un accord de paix négocié sous l’égide des États-Unis.

Cette prise d’Uvira, la plus importante enregistrée par le M23 depuis plusieurs mois, a ravivé les craintes d’une régionalisation du conflit dans une zone déjà marquée par des violences ayant causé des milliers de morts et des centaines de milliers de déplacés depuis janvier. Après que le secrétaire d’État américain Marco Rubio a estimé que les actions du Rwanda dans l’est du Congo, riche en minerais, constituaient une violation de l’accord de paix, le M23 avait annoncé son intention de se retirer afin de favoriser les pourparlers.

Toutefois, les autorités américaines restent prudentes. « Il y a eu quelques mouvements, mais nous ne pensons pas que cela corresponde à une libération complète de la ville. Nous croyons que l’autoroute M23 continue de bloquer la ville », a déclaré le haut responsable américain à Reuters.

Sur le terrain, des témoignages d’habitants vont dans le même sens. Deux résidents interrogés par Reuters mardi ont indiqué que certains combattants du M23 seraient toujours présents à Uvira, mais vêtus d’uniformes de police plutôt que de tenues militaires. Des coups de feu sporadiques ont également été entendus mardi matin depuis les collines dominant le quartier de Kalundu, selon un habitant.

La responsabilité de ces violences récentes fait l’objet d’accusations croisées entre des sources du M23 et celles de l’armée congolaise. De son côté, Kigali continue de nier tout soutien au M23, accusant les forces congolaises et burundaises d’être à l’origine de la reprise des affrontements. Pourtant, un rapport du groupe d’experts des Nations Unies publié en juillet a conclu que le Rwanda exerçait un commandement et un contrôle sur les rebelles.

Alors que le M23 ne participe pas directement aux négociations menées sous l’égide de Washington, il poursuit des discussions séparées avec Kinshasa au Qatar. Dans ce contexte d’incertitude sécuritaire, les conséquences économiques à long terme inquiètent également. « Si l’insécurité persiste à moyen terme et que le pays doit continuer à réduire ses dépenses, notamment en matière d’investissement et de programmes sociaux, cela aura un impact sur la croissance et l’avenir du pays », a-t-il averti.

Dans l’attente d’un retrait vérifiable et durable du M23, la situation à Uvira demeure donc fragile, suspendue aux développements diplomatiques en cours et à l’évolution du rapport de force sur le terrain, dans une région où chaque annonce de désescalade reste étroitement scrutée par les populations locales comme par la communauté internationale.

La rédaction

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