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Retrait du M23 d’Uvira : Kinshasa sceptique, des révélations internes sèment le doute

Retrait du M23 d’Uvira : Kinshasa sceptique, des révélations internes sèment le doute

Annoncé par la coordination de l’AFC-M23, via son coordinateur Corneille Naanga, c’est depuis la nuit du mercredi 17 au jeudi 18 décembre 2025 que les troupes de la coalition M23-AFC ont commencé à quitter la ville d’Uvira, dans la province du Sud-Kivu. Cette annonce, largement relayée par les rebelles eux-mêmes, est toutefois accueillie avec une profonde méfiance par les autorités congolaises, qui doutent du caractère réel et vérifiable de ce retrait.

À Kinshasa, le gouvernement exprime ouvertement ses interrogations. Le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a publiquement mis en doute cette opération qu’il qualifie de prétendu retrait. « Prétendu retrait d’Uvira : qui peut le vérifier ? Où partent-ils ? Combien étaient-ils ? Que laissent-ils dans la ville ? Fosses communes ? Militaires déguisés en civils ? », s’est-il interrogé, et soulever une série de questions restées sans réponse officielle.

Pour ce membre du gouvernement, l’essentiel demeure le retrait effectif des troupes rwandaises de toutes les zones occupées du territoire national de la République démocratique du Congo, condition jugée indispensable à toute avancée crédible vers la paix.

Ces doutes exprimés par Kinshasa semblent trouver un écho particulier dans des révélations issues de l’intérieur même de la rébellion. Dans un message sonore reçu et authentifié, un commandant de l’AFC-M23 s’est voulu rassurant envers ses partisans et ceux qui ont célébré la chute d’Uvira. Il a livré une lecture très différente de la situation sur le terrain. « Que les gens soient forts et soient rassurés qu’il n’y a aucune chose perdue. Nous n’avons pas quitté là définitivement », affirme-t-il d’entrée de jeu.

Le même responsable établit un parallèle avec des précédents retraits tactiques, notamment durant la période de la force régionale de l’EAC. « Même si nous nous étions retirés, nos jeunes étaient restés dans les collines. Et là, c’est seulement sortir de la ville d’Uvira, les jeunes vont rester dans les collines. Ce n’est pas qu’ils (jeunes M23) vont rentrer à Bukavu », précise-t-il.

Concernant le déploiement annoncé de nouvelles forces dans la ville, le commandant évoque une concertation directe avec les autorités congolaises. « Ceux qui seront déployés dans la ville d’Uvira sont ceux dont nous nous serons convenus avec le gouvernement congolais », soutient-il, et rejete toute présence de forces étrangères non agréées. « Ils (RDC) ne peuvent pas amener ceux qu’ils veulent, comme par exemple les Burundais, Tanzaniens ou Sud-Africains, non », insiste-t-il, évoquant la mise en place de troupes neutres sans partie prise.

Le cadre de l’AFC-M23 assure par ailleurs que les combattants du M23 demeurent positionnés à proximité stratégique de la ville. « Pour ceux qui connaissent Uvira, à l’ouest de la ville, ce sont des montagnes, et comme nous sommes à Makobola. Aucun militaire ne pourra quitter Makobola », affirme-t-il, décrivant une situation qu’il compare à un contrôle indirect mais effectif. « C’est comme avoir quitté Kibumba et pris Goma… Ne pouvez-vous pas vous dire que vous avez Goma ? », dit-il, avant d’assurer : « Soyez sûrs et rassurés que rien n’est perdu ».

Il y a environ deux jours, la rébellion du M23-AFC avait officiellement annoncé son retrait de la ville d’Uvira au nom de la paix. Cependant, en coulisses, certaines sources évoquent une intense pression exercée par les États-Unis d’Amérique, parrains de l’accord de Washington signé le 27 juin et entériné le 4 décembre 2025 par le Président congolais Félix Tshisekedi et son homologue rwandais Paul Kagame. Une situation qui renforce davantage les doutes sur la nature réelle de ce retrait et sur ses implications sécuritaires pour la région.

La rédaction

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