Sud-Kivu : La communauté Banyamulenge rejette le discours rwandais sur sa protection
La communauté Banyamulenge du Sud-Kivu, en République Démocratique du Congo, vient s’opposer publiquement aux récentes déclarations des autorités rwandaises qui affirment intervenir dans l’est de la République démocratique du Congo pour assurer sa protection. Dans une déclaration rendue publique à Kinshasa ce 15 décembre 2025, ses membres disent rejeter « avec fermeté pour la nième fois les récentes déclarations du président Paul Kagame au parlement rwandais, de son ministre des affaires étrangères Olivier Nduhungirehe et du représentant du Rwanda à la séance du Conseil de sécurité des Nations Unies tenue ce vendredi 12/12/2025 sur la RDC au sujet des Banyamulenge ».
Selon ce texte, la communauté accuse Kigali de vouloir « faire croire au monde que le Rwanda intervient à Uvira pour venir protéger notre communauté », alors que, soutient-elle, « ses véritables objectifs sont connus de tous : l’expansion territoriale et l’exploitation illégale des minerais ». Les signataires de la déclaration estiment que cette thèse est contredite par l’histoire récente et par une série d’événements qu’ils qualifient d’emblématiques de cette tragédie.
Au sujet des conflits successifs à l’est de la RDC, la communauté Banyamulenge affirme avoir été instrumentalisée depuis près de trois décennies. Elle rappelle notamment qu’« au lendemain de la première guerre du Rwanda au Congo en 1996, prétextant de vouloir protéger notre Communauté, l’armée rwandaise nous annonça un plan de nous faire partir de nos terres des hauts plateaux du Sud-Kivu pour nous installer au Rwanda ». Une initiative que les Banyamulenge disent avoir rejetée, et soulignent que « la véritable intention derrière cette proposition était d’atteindre son objectif d’expansion territoriale en occupant nos terres ».
Dans leur déclaration, ils évoquent également des violences armées ayant touché directement la communauté. La déclaration cite notamment des attaques meurtrières contre les Banyamulenge durant la guerre de 1998, et affirme que « l’armée d’occupation rwandaise utilisa pour la première fois dans ses fronts en RDC les avions de guerre sur des civils Banyamulenge, à Minembwe ». Les membres de la communauté ajoutent que « des cantonnements forcés des familles occasionnèrent des conséquences humanitaires graves », avant de rappeler que le retrait des troupes rwandaises serait intervenu après « l’ultimatum donné par le président américain de l’époque George W. Bush ».
Autre fait mis en avant par la communauté c’est notamment l’implication présumée du Rwanda dans le soutien au groupe armé RED-Tabara. Selon la communauté Banyamulenge, après la tentative de coup d’État de 2015 au Burundi, « l’armée rwandaise entraina, équipa et organisa leur infiltration dans les hauts plateaux de Fizi, Mwenga et Uvira dans l’unique but de déraciner les Banyamulenge ». Elle affirme que ces groupes, en alliance avec certains groupes mayi mayi manipulés par le Rwanda, auraient « tué et détruit systématiquement l’élevage, les villages banyamulenge ainsi que toutes les infrastructures de base ».
La déclaration mentionne aussi la répression de réfugiés congolais au Rwanda. Elle rappelle qu’« en février 2018, sur ordre du gouvernement rwandais, sa police réprima dans le sang les revendications de 17.000 réfugiés congolais tutsi du Nord-Kivu et les Banyamulenge du Camp de Kiziba/Kibuye faisant plus de 15 morts et une centaine de blessés », un drame qui, selon elle, n’a jamais fait l’objet d’enquête jusqu’à ce jour.
Au regard de ces éléments, la communauté explique que « le Rwanda n’a jamais eu comme objectif de protéger la Communauté Banyamulenge, plutôt il s’en sert comme prétexte pour déstabiliser la RDC ». Elle dit s’insurger « contre ce mensonge d’État qui tend à justifier les invasions récurrentes de l’armée rwandaise sur le sol congolais arguant la protection de notre Communauté ».
Dans ses recommandations finales, la communauté Banyamulenge appelle le Conseil de sécurité des Nations Unies à veiller à l’application de la résolution 2773 dans son intégralité, les organisations humanitaires « à apporter leur assistance aux populations déplacées et meurtries », ainsi que le président des États-Unis « à imposer le respect des accords de Washington en exigeant le retrait total des troupes du Rwanda ». Elle exhorte également l’État congolais à continuer davantage à favoriser le dialogue entre communautés locales en vue de renforcer l’Unité Nationale.
Pour la communauté Banyamulenge, cette prise de position se veut avant tout un rappel clair. Elle refuse toute instrumentalisation de son identité et de ses souffrances à des fins géopolitiques. En se désolidarisant publiquement des justifications avancées par Kigali, elle affirme son attachement à l’intégrité territoriale de la RDC et appelle la communauté internationale à « écouter la voix des premières victimes » de ces conflits, afin que la recherche de la paix dans l’est du pays ne se fasse plus au prix du silence ou de la confusion entretenue autour de leur sort.
La rédaction