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Uvira : La société civile dément les rumeurs et alerte sur les dangers des discours de haine

Uvira : La société civile dément les rumeurs et alerte sur les dangers des discours de haine

Depuis quelques jours, des messages circulent sur les réseaux sociaux et évoquent des tensions croissantes à Uvira, chef-lieu provisoire de la province du Sud-Kivu, entre communautés locales et Banyamulenge, une minorité tutsi. Des rumeurs qui font état d’ultimatums ou d’expulsions des Banyamulenge ont provoqué des inquiétudes, alors que plusieurs acteurs dénoncent une dangereuse montée des discours de haine.

Sur X, ex Twitter, le journaliste Steve Wembi a tiré la sonnette d’alarme. « À Uvira, les ultimatums scandaleux de certains chefs de guerre Wazalendo, appelant à l’exclusion des Tutsi, révèlent une idéologie de haine inacceptable qui compromet tout espoir de paix dans l’Est. Ces discours, encouragés par des acteurs au sein des autorités, alimentent le cycle de violence et préparent le terrain pour de nouveaux massacres », avait-il écrit.

Même préoccupation exprimée par l’ancien ministre Olivier Kamitatu, qui met en garde contre le spectre d’une répétition de l’histoire. « Ceux qui aujourd’hui nourrissent la flamme de la haine et soutiennent cette propagation de discours ethniques devront rendre des comptes. L’histoire jugera leurs choix. Ce climat de haine ne doit pas être pris à la légère ; le spectre d’un génocide, cauchemar déjà vécu dans la région, se profile à nouveau si rien n’est fait », a-t-il averti, dans un message qui a même été repris par Olivier Nduhungirehe, ministre rwandais.

Ce dernier a lui-même réagi dans un message publié sur son compte X, et a accusé Kinshasa de duplicité. « Il convient de rappeler que le gouvernement de Kinshasa a, à plusieurs reprises, réaffirmé son soutien indéfectible à cette milice génocidaire VDP Wazalendo, qui pourtant persécute, lynche, brûle vif des officiers FARDC Tutsi, incendie des villages entiers de Congolais Tutsi et arme des enfants pour « tuer les Banyarwanda ». Mais cela n’empêche pas le même gouvernement, qui soutient déjà les génocidaires rwandais de 1994 , FDLR , de pousser le cynisme jusqu’à aller au Conseil des droits de l’homme à Genève pour pleurer « des génocides » imaginaires », a écrit Olivier Nduhungirehe dans son poste.

Face à ces accusations et aux rumeurs persistantes, la société civile d’Uvira a tenu à clarifier la situation. Pour Kelvin Bwisha, coordonnateur de la société civile des compatriotes congolais, les informations selon lesquelles les Banyamulenge seraient chassés de la ville sont fausses et archi-fausses. « La population d’Uvira n’a pas un problème avec nos confrères Banyamulenge. Nous vivons ensemble, nous mangeons ensemble, nous nous marions avec eux, nous travaillons toujours en collaboration », a-t-il déclaré.

L’activiste des droits humains appelle à la vigilance et à la responsabilité citoyenne. « Lorsque une personne d’une communauté fait quelque chose de mal, ce n’est pas bon de généraliser. Dans toutes les communautés il y a des bons et des mauvais citoyens. Raison pour laquelle j’interpelle tous les habitants d’Uvira et ses environs à ne pas céder à n’importe quelle manipulation, parce que l’ennemi a plusieurs stratégies pour déséquilibrer la population», laisse-t-il entendre.

Intervenant sur ce climat tendu sur le plateau de France 24, le porte-parole du gouvernement congolais, Patrick Muyaya, a rappelé la responsabilité des autorités dans la préservation de l’unité nationale. « C’est qu’il faut savoir ce que nous sommes dans un contexte de crise où il y a beaucoup d’instrumentation. Vous savez qu’aujourd’hui, le Rwanda stigmatise nos Banyamulenge parce que cette guerre où on massacre d’autres communautés, pour le Rwanda et sa brigade avancer, c’est protéger une communauté. Il y a forcément une forme de tension qui est perçue par d’autres communautés. Nous avons toujours vécu en paix. Comment le président d’un pays voisin peut commencer à tuer d’autres pour vous protéger ? Et donc c’est dans cet environnement que les choses évoluent. Mais nous, comme gouvernement et le président de la République l’a dit et redit plusieurs fois et moi-même comme porte-parole du gouvernement, nous organisons des campagnes de prise de parole régulières pour prêcher cette unité dans notre diversité. La délégation gouvernementale est arrivée sur place, y compris pour calmer des tensions », a déclaré Patrick Muyaya.

Alors que la partie Est de la République Démocratique du Congo est déjà fragilisée par de nombreux conflits armés, la société civile insiste sur l’importance de préserver le vivre-ensemble. « Nos confrères Banyamulenge doivent comprendre que tous nous sommes congolais, nous vivons ensemble, nous mangeons ensemble », a rappelé Kelvin Bwisha, qui appelle à l’unité face aux divisions.

Dans un contexte déjà marqué par la guerre à l’Est, les appels à l’apaisement se multiplient. Si les discours de haine ne sont pas combattus avec fermeté, préviennent les observateurs et défenseurs des droits humains, ils risquent d’ouvrir la voie à de nouvelles tragédies dans une partie du pays qui aspire avant tout à la paix.

La rédaction

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