Nord-Kivu : La société civile alerte sur des « mouroirs silencieux » tenus par le M23
Les organisations de la société civile du Nord-Kivu dénoncent de nouvelles atrocités imputées aux rebelles du M23 et à leurs alliés. Dans un communiqué publié le vendredi 15 août 2025, elles accusent ces groupes armés de transformer les prisons et cachots sous leur contrôle en lieux de mort et de disparition forcée.
« Depuis leur activation des rapts des civils dans différents quartiers, au cours d’une série d’opérations qu’ils appellent couvre-feu, ces rebelles assiègent les villages entiers et prennent de force les populations civiles dont la majorité sont des jeunes et mineurs garçons », souligne le document. Certaines victimes seraient arrêtées simplement pour avoir refusé de rejoindre le mouvement, explique la société civile.
A l’en croire, les témoignages recueillis décrivent un système de répression irrésistible. « Plusieurs de ces personnes capturées et arrêtées sont soit mises en prison, soit exécutées immédiatement à la moindre résistance, portées disparues ou soit acheminées de force aux centres de formation à Chanzu et Nyongera », précisent les acteurs de la société civile.
Les prisons et cachots de Goma et Nyiragongo sont au cœur de leurs préoccupations. « Ceux qui sont mis dans la prison de Munzenze, Mugunga/Cinquantenaire, Mont Goma et dans d’autres cachots souterrains sont torturés jours et nuits jusqu’à couper leur souffle », affirment-ils. À cela s’ajouteraient la famine, l’interdiction de visites familiales et l’absence totale de contrôle judiciaire, autant d’éléments qui transforment ces lieux en « véritable mouroir silencieux ».
Le communiqué cite plusieurs cas précis. Il renseigne que le 26 juillet dernier, « 30 jeunes y compris le notable Bakari Murefu Innocent ont été enlevés lors d’un prétendu bouclage dans le village Mujoga et Mugerwa en groupement de Kibati. Ces derniers restent introuvables jusqu’à présent ». Il dit également que plus récemment, un jeune nommé Lukobeka Mugisho Jean Rock est mort des suites de tortures dans le cachot de Mont Goma.
La société civile fait aussi état de disparitions d’activistes. « Deux défenseurs des droits humains, Messieurs Nchimiyimana Butsitsi Didace et Bigirumwami Aloys, sont jusque-là sans nouvelles depuis leur enlèvement à Goma respectivement en mars et mai 2025 », indique le texte.
Au quotidien, souligne la société civile, les conséquences de ces exactions se traduisent par un afflux macabre dans les morgues locales. « Notre monitoring indique que les morgues de Goma reçoivent au moins 5 corps des civils par jour qui succombent de suite des blessures issues des tortures, de faim et d’autres actes de persécutions », déplorent les organisations. Elles dénoncent en outre le pillage des morgues de l’hôpital provincial du Nord-Kivu par les rebelles le 9 août, qui auraient emporté des corps dans des camions vers une destination inconnue.
Face à ces faits, les acteurs de la société civile lancent un appel pressant. Ils disent exiger de la rébellion M23/AFC/RDF l’arrêt immédiat de ces actes de criminalité dans les prisons. Du gouvernement congolais et de la communauté internationale, disent demander d’exercer la pression pour que cette rébellion quitte toutes les zones contrôlées. A les en croire, la paix durable et le développement de la région ne pourront advenir que lorsque cessera cette barbarie.
La rédaction