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Tazama RDC

Insécurité en RDC: « La véritable mission de Kagame au Congo, ce sont les minerais » (Paul Rusesabagina)

Insécurité en RDC: « La véritable mission de Kagame au Congo, ce sont les minerais » (Paul Rusesabagina)

« La mission de Kagame au Congo, ce sont des minerais. Le monde entier le voit. Le Rwanda exporte des minerais. Est-ce que le Rwanda réellement produit tous les minerais qu’il exporte ? Il y a la différence entre les minerais congolais et les minerais rwandais. Mais ce que le Rwanda vend à cette communauté internationale, ce sont des minerais que le Rwanda vole du Congo ».

Ces mots de Paul Rusesabagina, figure politique rwandaise et critique de longue date du pouvoir de Kigali, remettent en lumière l’un des débats les plus persistants de la géopolitique des Grands Lacs : le lien direct entre l’instabilité sécuritaire dans l’est de la République Démocratique du Congo et l’exploitation de ses richesses minières.

Pour de nombreux observateurs, politiciens et organisations de la société civile, cette déclaration résonne comme un constat partagé par plusieurs rapports internationaux.

Cependant, elle soulève des questions fondamentales sur l’économie des ressources dans la région, la traçabilité des minerais et le rôle de la communauté internationale.

Au centre de la polémique se trouve une divergence statistique : la capacité de production nationale du Rwanda par rapport aux volumes de minerais notamment le coltan, l’or et la cassitérite qu’il exporte sur le marché mondial.

Plusieurs rapports du Groupe d’experts des Nations Unies sur la RDC ont documenté, au fil des ans, des réseaux de contrebande transfrontalière. Selon ces documents, d’importantes quantités de minerais extraites de manière artisanale ou sous le contrôle de groupes armés dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu sont frauduleusement acheminées vers le Rwanda, où elles sont intégrées dans le circuit d’exportation officiel sous des labels locaux.

De son côté, le gouvernement rwandais a toujours contesté ces accusations. Kigali soutient que la hausse de ses exportations minières est le résultat d’investissements massifs dans la modernisation de son propre secteur minier, de l’ouverture de nouvelles mines sur son territoire et de la mise en place d’usines de raffinage locales, notamment pour l’or et le tantale.

La distinction technique entre « minerais congolais » et « minerais rwandais », évoquée par Rusesabagina, fait écho aux efforts de traçabilité mis en place par la communauté internationale, tels que le mécanisme de certification de la Conférence Internationale sur la Région des Grands Lacs (CIRGL) ou la loi américaine Dodd-Frank.

Malgré ces dispositifs conçus pour éliminer les « minerais de sang » provenant de zones de conflit des chaînes d’approvisionnement mondiales, le contournement des processus d’étiquetage reste un défi majeur. Les experts soulignent que la porosité des frontières et le manque de contrôle étatique efficace dans les zones minières reculées de la RDC facilitent ce trafic.

La critique de Rusesabagina cible également les pays acheteurs et les multinationales technologiques. Pour les autorités congolaises et divers militants, la passivité apparente ou le manque de sanctions sévères de la part de la communauté internationale face à ce commerce parallèle s’explique par la dépendance des industries de pointe mondiales vis-à-vis des métaux critiques essentiels à la transition énergétique et aux technologies numériques.

Tant que l’exploitation économique des minerais restera liée au financement des conflits armés et aux rivalités étatiques, la stabilité de l’Est de la RDC demeurera précaire. La déclaration de Paul Rusesabagina illustre à quel point la question des ressources naturelles n’est pas seulement un enjeu économique, mais le pivot central des tensions diplomatiques et militaires qui redéfinissent continuellement les relations entre Kinshasa, Kigali et le reste du monde.

Azarias Mokonzi

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