Dialogue annoncé en RDC : La jeunesse du Nord-Kivu craint un processus trop étendu et trop long
Le Conseil provincial de la jeunesse du Nord-Kivu salue l’annonce prochaine d’un dialogue national en République démocratique du Congo. Son président, Emery Malinga, affirme que la jeunesse de la province est prête à prendre part aux discussions afin de porter les préoccupations des différentes couches de la population. Il plaide toutefois pour un processus ciblé, estimant qu’un dialogue étendu à l’ensemble du pays pourrait retarder les résultats attendus, notamment pour les populations des zones touchées par la guerre dans l’Est de la RDC.
Pour Emery Malinga, l’annonce d’un dialogue national intervient dans un contexte où la jeunesse congolaise, particulièrement celle du Nord-Kivu, aspire à contribuer à la recherche de solutions aux problèmes qui déchirent le pays.
« Nous sommes prêts, la jeunesse est prête parce que c’est un moment où nous pensons présenter les desiderata de toutes les couches, ceux qui sont de la majorité, de l’opposition et de la société civile, la ligue des femmes. Nous sommes tous prêts pour aller en découdre en ce qui concerne les problèmes délicats qui concernent la nation congolaise, dans l’objectif effectivement de voir demain ou après-demain ce peuple tant meurtri retrouver la quiétude en ce qui concerne la sécurité », a déclaré le président du Conseil provincial de la jeunesse du Nord-Kivu.
Il insiste sur l’urgence de trouver une issue à la crise sécuritaire qui frappe particulièrement les populations vivant dans les zones affectées par la guerre. Emery Malinga décrit notamment la situation difficile des jeunes et des leaders vivant dans les zones sous contrôle du M23.
« Je ne sais pas si, à un certain niveau, il y a des gens qui s’imaginent un seul instant ce que vivent les sujets qui habitent la zone contrôlée par le M23. Un seul instant que ces jeunes-là, que ces leaders-là qui se trouvent sur ce sol aspirent à la paix. Une seule seconde, c’est beaucoup, c’est toute une éternité. Lorsqu’on essaye d’échanger avec ceux qui sont là-bas, c’est comme s’ils étaient en enfer », a-t-il confié.
Concernant les participants au futur dialogue, le président du Conseil provincial de la jeunesse du Nord-Kivu dit soutenir le principe d’un dialogue avec les acteurs qui n’ont pas pris les armes contre la République. Il estime que les auteurs présumés de crimes documentés et ceux qui font la guerre à l’État congolais ne devraient pas, selon lui, participer à ces assises.
« Alors, si le président de la République estimait que, moyennant peut-être le dialogue, bien sûr qu’il y a eu des préalables, il y a eu des exceptions, le dialogue avec ceux qui n’ont pas pris les armes. Donc, on ne peut pas quand même compter sur ceux qui restent à ce niveau, qui ont été cités, pour lesquels les faits ont été documentés, les preuves ont été aussi annexées à cette documentation et qui font la guerre à la République, et ceux-là qui ont commis des crimes contre la nation, que ces gens-là fassent l’objet quand même de participation à ce dialogue. Nous osons croire quand même que le président de la République avait raison par rapport à ça », a-t-il poursuivi.
Toutefois, Emery Malinga formule une réserve quant à l’étendue géographique du processus envisagé. Selon lui, l’organisation d’un dialogue couvrant l’ensemble de la République pourrait rendre les travaux plus longs et retarder les réponses attendues par les populations victimes de l’insécurité.
« Mais aussi, nous estimons que peut-être ce que nous pouvons lui reprocher, je ne sais pas si c’est possible, c’est le fait de convoquer ce dialogue-là sur l’ensemble de la République alors que ce n’est pas l’ensemble de la République qui est concerné par les violations ou la situation de la guerre. Bien sûr que peut-être la situation de la sécurité touche toute la République, mais quand même les zones clés, on les connaît : le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, peut-être l’Est de la RDC », a-t-il souligné.
Le responsable de la jeunesse du Nord-Kivu craint ainsi qu’un processus trop élargi ne s’étale dans le temps, alors que les populations de l’Est attendent des résultats concrets et rapides.
« Si ça touche l’ensemble de la République, notre crainte est que cela puisse s’élargir, s’échelonner dans le temps et dans l’espace, ce qui risque de retarder l’attente des résultats issus de ce dialogue, pour que peut-être ceux qui souffrent quand même disent que peut-être dans trois mois, quatre mois, on aura la paix », a laissé entendre Emery Malinga.
Pour le Conseil provincial de la jeunesse du Nord-Kivu, le dialogue national représente donc une opportunité pour les différentes composantes de la société congolaise de faire entendre leurs préoccupations. Mais l’organisation appelle à un cadre qui permette d’aboutir rapidement à des solutions concrètes, particulièrement pour les populations de l’Est, confrontées depuis plusieurs années à l’insécurité et aux conséquences de la guerre.