Insécurité à l’est de la RDC : Kampala, un autre acteur clé de la résurgence du M23, parfois ignoré dans la crise
Un nouveau rapport explosif, publié en avril 2026 par le Congo Research Group et le Center on International Cooperation (NYU), révèle que l’Ouganda a joué un rôle structurant, bien que discret, dans la résurgence du Mouvement du 23 mars (M23) en République Démocratique du Congo.
Selon ce document, Kampala a facilité la reconstitution de la rébellion, aggravant ainsi l’instabilité sécuritaire dans l’est du pays. D’après les chercheurs, l’Ouganda a servi de base arrière logistique dès la défaite militaire du groupe en 2013. À l’époque, la majorité des combattants s’étaient repliés dans le camp militaire de Bihanga, au sud-ouest de l’Ouganda. C’est depuis ce site, situé à environ 300 kilomètres de Kampala, que le M23 a orchestré ses campagnes de recrutement à partir de 2021, avec la complicité tacite des autorités locales.
Le rapport précise qu’en 2017, le départ du chef militaire Sultani Makenga vers les pentes du mont Sabyinyo à la frontière entre l’Ouganda, le Rwanda et la RDC a été « discrètement facilité par de hauts gradés de l’armée ougandaise ». Des officiers de l’Uganda People’s Defence Force (UPDF) ont également été identifiés comme instructeurs dans les camps d’entraînement du mouvement.
Paradoxalement, le document souligne que c’est l’expansion de l’influence militaire et économique de Kampala en Ituri qui aurait poussé Kigali à réactiver son propre soutien au M23, faisant de la rivalité ougando-rwandaise l’un des moteurs méconnus de l’escalade actuelle.
Par ailleurs, plusieurs sources concordantes indiquent que la chute de la cité frontalière de Bunagana a été rendue possible par l’intervention directe de l’armée ougandaise. Des unités de l’UPDF auraient ouvert un corridor sécurisé pour permettre aux rebelles de prendre la ville après une mise en déroute initiale.
Un autre indicateur de cette complicité réside dans le soutien apporté à Thomas Lubanga, chef politique de la Convention pour la Révolution Populaire (CRP), dont le siège est établi à Kampala. Cette milice, lancée depuis la capitale ougandaise, est citée par de nombreux rapports comme une alliée de l’alliance AFC-M23, constituant une branche stratégique destinée à déstabiliser spécifiquement la province de l’Ituri.
Ces révélations mettent en lumière la responsabilité de l’Ouganda dans une crise humanitaire et sécuritaire qui continue de coûter la vie à des milliers de civils innocents.
Azarias Mokonzi