Le « miracle » minier du Rwanda : Comment les ressources de Rubaya dopent les chiffres de Kigali
Alors que l’est de la République Démocratique du Congo s’enfonce dans une crise sécuritaire sans précédent, les mécanismes de financement de la rébellion de l’AFC-M23 révèlent une vérité brutale : la guerre est devenue un business lucratif. Derrière les affrontements se cache un réseau criminel transnational dont le Rwanda est le pivot central.
L’épicentre de ce pillage se situe à Rubaya, où l’extraction artisanale du coltan est désormais totalement contrôlée par le M23. Selon des sources de terrain et les analyses de l’Initiative mondiale contre la criminalité organisée transnationale (GI-TOC), chaque puits de production est une source de revenus pour les rebelles.
« Les négociants qui achètent cette production payent une taxe au M23, à partir du Rwanda, d’après certaines sources, qu’on a pu confirmer sur terrain, or dans les pays de transit comme le Rwanda, les acteurs économiques continuent à travailler. C’est un réseau criminel entretenu. Il faut qu’il ait une volonté criminelle afin d’arrêter ce trafic», a déclaré Zobel Behalal, expert senior et ancien membre du panel des experts de l’ONU.
Selon lui, un rapport des experts de l’ONU estime que la seule mine de Rubaya génère au moins 800 000 dollars par mois pour le groupe armé. Ce système de taxation forcée s’étend à toute l’activité économique des zones occupées : commerce, transport, et vie sociale, tout est prélevé au profit de l’effort de guerre.
« Les activités d’exploitation minière, que ça soit l’or, ou le coltan, on sait avec des preuves des sources qui nous fournissent sur terrain, que toutes ces ressources, sont exportées directement vers le Rwanda», dit le rapport.
Les chiffres sont vertigineux. Entre janvier et juin 2025, les exportations mondiales de coltan par le Rwanda ont bondi de plus de 200 % par rapport à l’année précédente. Cette statistique ne reflète pas une découverte soudaine de gisements sur le sol rwandais, mais bien l’efficacité d’un circuit d’exportation directe depuis les zones de conflit en RDC vers Kigali.
Pour notre source, la prise de villes stratégiques comme Goma a permis à la rébellion et à son allié rwandais d’ancrer un système de taxation systématique. « La conquête de Goma était une victoire stratégique permettant d’engranger des sommes considérables », souligne-t-il.
Le drame de ce trafic réside dans sa discrétion organisée. Les négociants achètent cette production en payant des taxes au M23 depuis le Rwanda, tandis que dans les pays de transit, les acteurs économiques continuent de travailler comme si de rien n’était.
Pour l’expert, « il faut qu’il y ait une volonté politique et criminelle afin d’arrêter ce trafic. Tant que les ressources de la RDC serviront à financer ceux qui l’attaquent, il n’y aura aucun moyen de mettre fin à la guerre. La paix ne passera pas seulement par les armes, mais par l’asphyxie financière de ce réseau criminel entretenu», a-t-il conclut.
Azarias Mokonzi