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Procès Lumbala à Paris : Procédures disputées, défense fragilisée et prévenu défaillant, (Récit de Trial International)

Procès Lumbala à Paris : Procédures disputées, défense fragilisée et prévenu défaillant, (Récit de Trial International)

La première journée du procès de l’ancien chef rebelle congolais Roger Lumbala, poursuivi à Paris pour des crimes commis en RDC au début des années 2000, a été largement consacrée aux aspects procéduraux. Le président de la Cour a ouvert les débats avec la présentation d’un aperçu de l’acte d’accusation, exposant le contexte, les allégations, les conclusions de l’enquête et la base juridique des charges.

Dans le même temps, la Cour a détaillé les démarches entreprises en RDC pour organiser les auditions de témoins, notamment « les mesures de protection et la logistique des visioconférences », essentielles dans une affaire impliquant des événements survenus en zone de conflit.

Au cours de cette première journée, un incident a retenu l’attention. L’avocat congolais Tshibangu Kalala a demandé à rejoindre l’équipe de défense, mais la Cour a estimé qu’il n’avait pas accompli les formalités requises et a rejeté sa demande.

La défense, quant à elle, a contesté la compétence de la juridiction française. Elle a soutenu qu’« une demande d’extradition apparente de la RDC devait empêcher la tenue du procès » et dénoncé le rôle des ONG parties civiles, estimant qu’il créait un déséquilibre dans la procédure.

Autre moment fort, c’était la prise de parole du prévenu. Roger Lumbala a déclaré qu’il ne souhaitait plus comparaître et a récusé tous ses avocats. La Cour a donc décidé de désigner l’un d’entre eux pour le représenter, précisant qu’elle « veillera à ce que Lumbala soit informé quotidiennement du déroulement des débats » et préciser qu’il peut réintégrer l’audience à tout moment.

La deuxième journée s’est ouverte à l’absence de Lumbala et de son conseil. La Cour a d’abord entendu la première experte, Brigid Inder, conseillère spéciale auprès du Procureur de la CPI pour les questions de genre, nous confirme Trial International, qui suit ce dossier de près. Celle-ci a exposé les schémas de violences sexuelles pendant le conflit et souligné que la documentation fournie par l’ONG congolaise Justice Plus « était cohérente avec ce qu’elle avait observé » lors de ses enquêtes.

Une enquêtrice de personnalité a ensuite témoigné et expliqué qu’en raison du manque de collaboration de la famille du prévenu, son évaluation reposait entièrement sur les déclarations du prévenu. Le président a complété l’audience par la lecture de documents issus du dossier, tandis que le ministère public a versé de nouvelles pièces relatives aux affiliations politiques de Lumbala.

La Cour a également refusé la demande de certains avocats des parties civiles souhaitant entendre des membres de la famille de Lumbala, évoquant leur « réticence antérieure à coopérer » et les contraintes du calendrier judiciaire.

Pour la troisième journée consécutive, le prévenu et son avocat étaient absents. Lumbala a adressé un document à la Cour, dans lequel il indique qu’il entamait une grève de la faim et de la soif pour dénoncer la compétence du tribunal français.

Le président a poursuivi les lectures de pièces du dossier afin de contextualiser politiquement et militairement les faits reprochés. Il a également entendu le chercheur français Thierry Vircoulon, venu présenter un aperçu de la configuration des groupes armés de l’époque et du rôle du RCD-N.

La session s’est achevée sur la lecture d’autres documents clés, dont les rapports, accords et résolutions du Conseil de sécurité.

La rédaction

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