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Twangiza Mining : Fuite avortée, salaires impayés et crise ouverte

Twangiza Mining : Fuite avortée, salaires impayés et crise ouverte

Le climat est devenu explosif autour de la société minière chinoise Twangiza Mining SA, implantée dans le territoire de Mwenga, au Sud-Kivu. Depuis la suspension de ses activités le 8 mai 2025, sur injonction de la nouvelle administration provinciale, les tensions ne cessent de s’aggraver.

Le 19 mai, une tentative de fuite de plusieurs ressortissants chinois employés par la société a été déjouée à la frontière congolo-rwandaise de Ruzizi, à Bukavu. Selon des témoignages recueillis par Tazamardc, ces agents auraient tenté de quitter le pays avec des documents sensibles et sans verser les salaires dus aux employés congolais.

« Ils ont voulu partir avec nos salaires, nos contrats et d’autres documents. Heureusement, ils ont été interceptés et ramenés à l’hôtel Horizon », a confié un employé sous couvert d’anonymat. L’alerte aurait été lancée par des prestataires locaux, qui ont signalé la tentative aux services de la DGM et de l’ANR.

Par ailleurs, le directeur général de Twangiza Mining, M. Chao Xianfeng, serait actuellement introuvable. D’après les mêmes sources, il aurait quitté précipitamment la région, prétextant une rencontre avec l’ambassade chinoise à Kigali pour « chercher une solution à la crise ».

Les employés, livrés à eux-mêmes, dénoncent une gestion opaque et réclament plusieurs mois d’arriérés de salaires. « Certains cumulent entre 15 et 20 mois sans être payés », alerte le syndicat des travailleurs. Dans une lettre adressée à la direction, le président du syndicat, M. Julson Saidi, critique une mise à l’écart unilatérale des employés sans concertation préalable. « Le salaire a un caractère alimentaire. Il ne peut souffrir de retards, surtout dans une période aussi instable », écrit-il.

La société civile, quant à elle, estime que cette crise était prévisible. « Twangiza Mining a longtemps ignoré les signes avant-coureurs de l’arrivée des rebelles M23 dans la région. Elle a continué à exploiter sans se soucier du contexte sécuritaire », accuse un acteur communautaire.

Aujourd’hui, les employés dénoncent l’abandon total et appellent les autorités congolaises à intervenir rapidement. Ils interpellent également les partenaires diplomatiques, notamment l’ambassade de Chine, face à une situation mêlant irresponsabilité managériale, exploitation et atteintes aux droits sociaux.

Pour rappel, Twangiza Mining SA est l’héritière d’un long processus de transformation controversé : d’abord filiale de la société canadienne Banro Corporation (active depuis 2011), elle a été cédée en 2017 à la société chinoise Baiyin, puis à Ultrawell, considérée comme l’actuel opérateur réel sur le terrain derrière l’entité apparente de Twangiza Mining.

Anicet Kimonyo

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